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Retraite des mères : l’engrenage ubuesque de l’hypercomplexité

Pour corriger une injustice faite aux mères, un décret de septembre 2026 prévoit une dérogation au calcul des 25 meilleures années. Voilà qui ne fait qu’ajouter une rustine à une usine à gaz et, surtout, ne compense pas la vraie pénalité : la décote.

Depuis des années, un constat s’impose : le système de retraite français — ou plutôt l’empilement de ses multiples régimes — est devenu illisible. Ce qui devait être le pilier de la protection sociale s’est transformé en une inextricable usine à gaz. À force d’accumuler les réformes « petit-bras », où l’inflation de lois et de décrets tente de masquer le manque de courage politique, un chaos technique s’est instauré, vecteur de profondes injustices.

Le mécanisme des décotes et des surcotes illustre parfaitement cette dérive. Si ce dispositif est ancien, c’est lors du passage de la retraite à 60 ans, au début du mandat de François Mitterrand, qu’un glissement majeur s’est opéré. Les ordonnances de mars 1982 ont en effet choisi d’appliquer la décote directement à la durée de carrière (en annuités ou en trimestres). Pourtant, la logique d’un tel outil se devait d’être purement actuarielle, c’est-à-dire exclusivement liée à l’âge de départ de l’affilié.

Ce basculement technique est loin d’être neutre. En déconnectant la décote de l’âge réel pour la relier à la durée de cotisation, le système punit mécaniquement les carrières hachées. Quiconque s’écarte d’une trajectoire linéaire se retrouve lourdement pénalisé, voyant sa pension amputée de manière disproportionnée injustifiée.

Le sort des femmes ayant interrompu leur activité pour élever leurs enfants en est l’exemple le plus frappant. Pendant des décennies, cette injustice a été totalement ignorée par les pouvoirs publics. Plus consternant encore : lorsqu’ils en ont enfin pris la mesure, leur réaction n’a pas été de remettre de l’ordre dans le système, mais de l’alourdir en superposant une nouvelle couche de textes spécifiques. Un comble.

Une véritable clarification aurait exigé un courage politique inhabituel, l’exécutif a donc une fois de plus préféré la facilité bureaucratique. Ainsi, un décret entré en vigueur en septembre 2026, réduit artificiellement le nombre d’années retenues pour le calcul de la pension de base des salariées du privé : il passe de 25 à 24 années pour un enfant, et à 23 années à partir de deux enfants. Si l’objectif affiché est d’écarter les plus faibles rémunérations du calcul de la pension, le gain reste marginal. L’artifice porte sur le salaire annuel moyen, pas sur le taux. Il ne compense donc en rien le déficit de trimestres, et laisse la mécanique dévoyée de la décote produire tous ses effets, qui seront sans commune mesure.

Cette méthode illustre parfaitement les limites de la politique de la « rustine ». Plutôt que de réparer les fondations d’un édifice qui menace de s’effondrer, on y ajoute sans cesse des dérogations et des clauses d’exception. Pour corriger un dispositif biaisé, l’État invente un sous-barème à géométrie variable. En faisant mine de résoudre un problème par une règle ciblée, il ne fait que créer de nouvelles opacités et des iniquités collatérales. Aujourd’hui, plus personne, pas même les experts, ne parvient à démêler cette réglementation. Ce nouveau décret ne fait qu’empirer la situation. Il est urgent de rompre avec cette logique absurde. La bonne gestion des retraites ne réclamait évidemment pas un énième artifice technique, mais une véritable réforme de fond.


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