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Les syndicats sont prêts à sacrifier les retraités du privé

Chargés de la gestion des régimes complémentaires des salariés du privé, mais essentiellement intéressés à la défense des régimes spéciaux du public, les syndicats sont prêts à sacrifier les intérêts des premiers aux avantages des seconds.

Depuis des décennies, les syndicats du secteur public s’appuient sur les puissantes cellules dont ils disposent dans les transports en commun (SNCF, RATP, etc.) pour empêcher toute réforme de fond du système de retraite. Leur rhétorique est simple, elle s’appuie sur leur pouvoir de nuisance et prend la forme d’un chantage : "si vous touchez à nos régimes spéciaux, nous bloquons le pays et l’économie."

Par trois fois, en 1953, 1995 et 2019, ils ont mis cette menace à exécution et contraint les gouvernements Laniel, Juppé, puis Philippe, à abandonner les projets de réforme qui ambitionnaient, peu ou prou, de mettre en place un régime universel – ou tout au moins, d’établir l’équité entre les régimes du privé et ceux du public.

En réalité, le gouvernement Philippe avait cédé dès l’origine et certaines déclarations d’Emmanuel Macron lui-même ou de Jean-Paul Delevoye, chargé de préparer le projet de loi, avaient montré qu’au-delà des effets d’annonces, le pouvoir en place ne souhaitait pas vraiment en finir avec les régimes spéciaux.

Du côté des syndicats, le conflit d’intérêts n’en reste pas moins évident.

En effet, le taux de syndicalisation, très faible en France, l’est particulièrement au sein du secteur privé : selon le ministère du Travail, 9 % seulement des salariés du privé adhéraient à un syndicat en 2013, contre 20 % dans la fonction publique (1). En outre, le secteur public fournit une grande partie des ressources des centrales syndicales, en termes de subventions et de mise à disposition de personnels et de locaux (rien qu’à la SNCF, on dénombre une armée de 9 000 représentants syndicaux sur 140 000 salariés).

Paradoxalement, ces syndicats si peu représentatifs du secteur privé sont pourtant théoriquement associés à la gestion du régime général (intégré à la sécurité sociale et donc en réalité totalement géré par l’Etat) et coresponsables avec les organisations patronales de celle des régimes de retraite complémentaire des salariés du privé, AGIRC et ARRCO (mais toujours sous la vigilante tutelle de l’Etat).

De là découle une conséquence dont les affiliés aux régimes du privé font les frais depuis des décennies : les syndicats, attachés à la défense des avantages des agents du secteur public qui emploie la majorité de leurs adhérents, s’opposent à toute réforme des régimes spéciaux, quitte à sacrifier les intérêts des cotisants et retraités du privé, beaucoup moins bien lotis.

Non seulement les rendements des complémentaires AGIRC ARRCO baissent depuis les années 1990, en vertu des accords passés par les organisations syndicales et patronales gestionnaires mais l’Etat s’apprête à instaurer au sein du seul secteur privé le système prétendument « universel » qui devait initialement regrouper l’ensemble des régimes – secteur public compris. Un pas capital dans cette direction est en passe d’être accompli, avec le transfert du recouvrement des cotisations de l’AGIRC-ARRCO à la sécurité sociale, à compter du 1er janvier 2022. Et l’on peut craindre qu’à terme, l’Etat ne pose aussi sa griffe sur les réserves réalisées par ces régimes complémentaires grâce aux efforts exigés des salariés du privé (84,1 milliards d’euros, dont 66,5 milliards de réserves de financement à moyen et long terme, au 31 décembre 2019, selon le Conseil d’Orientation des Retraites.)

Pour l’instant, la protestation des organisations professionnelles gestionnaires de l’AGIRC-ARRCO est restée beaucoup plus discrète que ne l’avait été la mobilisation syndicale en faveur des régimes spéciaux l’an dernier. Faut-il vraiment s’en étonner ?

  • Le rapport Perruchot sur le financement des syndicats, publié en 2011, faisait état d’un taux de syndicalisation en France de 8 %. Or ce taux décroît continument depuis un demi-siècle. On peut douter qu’il ait soudainement augmenté en 2013. Ces statistiques du ministère du Travail, publiées en 2016, sont donc sujettes à caution.


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