Philippe Juvin au secours des régimes spéciaux !
Le député Philippe Juvin a présenté, le 7 février 2026, les conclusions des travaux qu’il a menés sur « le provisionnement des retraites des fonctionnaires ». Dans sa communication à la Commission des finances, il a rappelé le poids considérable des pensions des fonctionnaires d’État (66,5 milliards d’euros), mais aussi de celles des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (28,8 milliards d’euros), dans la dépense publique. Il a également regretté la sous-estimation, par le biais d’artifices comptables, du déficit lié aux régimes spéciaux des fonctionnaires : « Jean-Pascal Beaufret, qui a beaucoup travaillé sur le sujet, arrive à la somme totale de 78 milliards d’euros quand on additionne la fonction publique d’État, la fonction publique hospitalière et la fonction publique territoriale. » Il a alors dressé le constat suivant : « Les retraites futures des fonctionnaires ne sont pas assurées. Elles seront financées probablement par de la dette », c’est-à-dire, encore et toujours, par l’ensemble des contribuables et, surtout, par les générations à venir.
Nous aurions pu penser que la justesse du diagnostic de Philippe Juvin allait le conduire à proposer la suppression des régimes spéciaux des fonctionnaires ou, à tout le moins, une réforme destinée à mettre fin aux privilèges indus – financés sur le budget de l’État – dont bénéficient les agents publics. Que nenni ! Il explique le plus tranquillement du monde devant la Commission des finances que ses travaux visent à répondre à la question suivante : « Peut-on éviter d’avoir une baisse annoncée des retraites des fonctionnaires ? » Il ne s’agit donc pas de réformer les régimes spéciaux des fonctionnaires, mais de les « sauver » ! Le rapporteur général propose ainsi la création d’un fonds de réserve par capitalisation afin de « financer les pensions des nouveaux entrants ».
Pour alimenter ce fonds, plusieurs hypothèses sont évoquées : instaurer une surcotisation pour les nouveaux entrants, vendre des actifs de l’État (privatisations et/ou cessions de biens immobiliers) ou recourir à un emprunt, dont le coût des intérêts devrait impérativement être inférieur au rendement du placement en capitalisation.
En termes d’aplomb, Philippe Juvin ne s’arrête pas là, puisqu’il conclut sa communication par cet appel lyrique : « Si nous n’avons pas d’imagination de ce type pour augmenter les retraites des fonctionnaires, eh bien les retraités fonctionnaires auront de toutes petites rentes. » Il ne s’agit donc pas seulement de maintenir les avantages de la fonction publique, mais bien de les renforcer.
Le député LR indique à ses collègues qu’il a mené ces travaux pour « ouvrir un débat ». Le moins que l’on puisse dire est que le cadre de ce débat est étroit, puisqu’il s’agit, en réalité, de ne rien changer au système le plus inique au monde…
Philippe Juvin a tout de même un mérite dans cette affaire : celui de s’attaquer au tabou français de la capitalisation. Cependant, celle-ci ne présenterait un intérêt que si elle était utilisée dans le cadre d’une réforme de fond, autrement dit d’une réforme systémique. S’il s’agit seulement de préserver le statu quo, la capitalisation deviendra alors une sorte de dernier recours pour tenter de maintenir, coûte que coûte, la pyramide de Ponzi des retraites. Par conséquent, les fonds capitalisés finiront inévitablement par être engloutis dans le gouffre des déficits. Ce ne sera alors qu’un énième coup d’épée dans l’eau.

