Droits familiaux : le grand contresens de la politique des retraites
Le quotidien Les Échos du 1er septembre 2026 souligne que les majorations pour enfants constituent une nouvelle cible gouvernementale. L’exécutif envisage de remplacer par un forfait la majoration de 10 % pour les parents de familles nombreuses, ce qui pénaliserait de nombreux retraités prétendument « aisés » (mais qui appartiennent en fait à ce que l’on appelle la classe moyenne) : « C’est l’objectif affiché par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farrandou, dans son souhait de réformer la majoration de retraite pour les parents de trois enfants et plus dans le cadre du budget 2027 de la Sécurité sociale », rapporte le quotidien économique.
Le prétexte avancé par le ministre est particulièrement fallacieux : « Plus d’égalité entre les hommes et les femmes. » Voici donc que l’on apprend que l’égalité passe par un coup de rabot ! C’est toujours au nom du « bien » que l’on taxe ou rabotte… « Je suis en train de travailler un texte dans le cadre du budget pour égaliser les droits familiaux », annonce Jean-Pierre Farrandou, expliquant que « les hommes captent aujourd’hui les deux tiers de l’effort de solidarité du système de retraite envers les familles nombreuses ». On se pince : c’est le « système » qui serait solidaire, donc vertueux, et les affiliés qui, d’une certaine manière, en abuseraient en bénéficiant de droits non contributifs excessifs !
Ce raisonnement biaisé traduit l’un des grands malentendus sur la retraite par répartition, laquelle dispose que les enfants, une fois actifs, paient les pensions des générations précédentes. Dans un tel système, qualifier les droits familiaux de « non contributifs » constitue un contresens, dénoncé par le professeur Jacques Bichot : « Le droit positif […] considère que les droits familiaux comme une sorte de charité faite aux parents, alors qu’ils devraient être considérés comme relevant de la contributivité. » De fait, en répartition, on ne cotise pas pour sa propre retraite, on paie la retraite de ses parents. Et si l’on veut vraiment contribuer pour la retraite, il n’y a pas de meilleure façon que d’avoir des enfants, il n’y a pas plus contributif. C’est donc un comble de qualifier d’« avantage non contributif » ce qui constitue un « droit contributif » par excellence.
Cette grossière erreur de perspective était relevée, déjà en 1978, par Alfred Sauvy, dans son livre La tragédie du pouvoir (Calmann-Lévy) : « Aucun effort n’est fait, ni par le pouvoir politique, ni par le pouvoir multiforme d’information, ni par la Sécurité sociale, pour expliquer aux Français qu’en régime de répartition, les sommes versées par les adultes ne sont pas capitalisées, mais versées directement aux vieux pour leurs retraites. Aucun effort pour montrer que, sans enfant aujourd’hui, il n’y aura pas de retraite demain. »
Pour Jacques Bichot, « Alfred Sauvy considérait, comme Théodore Schultz, spécialiste de l’économie du capital humain et prix Nobel 1979, et bien avant lui, au XVIe siècle, Jean Bodin, que concevoir des enfants puis leur fournir ce dont ils ont besoin pour devenir des adultes productifs est un investissement, et même le plus important de tous les investissements ».
Plutôt que de saborder le « plus important de tous les investissements », Monsieur Farandou devrait s’attaquer aux véritables avantages non-contributifs qui sont légion dans les régimes spéciaux. Rappelons que le premier d’entre eux, celui des fonctionnaires d’État, est, dans les faits, non contributif, au sens où le montant de la pension n’est pas directement relié à la cotisation. Mais surtout, les pensions sont des rémunérations à vie statutaires payées non par la génération suivante, mais par tous les contribuables du moment, qu’ils soient actifs ou retraités.

