Reculer indéfiniment l’âge de départ n’est pas la solution au déficit
Selon un article paru le 30 mars sur le site Internet du magazine Capital, le ministère de l’Economie souhaite reporter à 65 ans l’âge légal de la retraite. L’auteur de l’article y voit à juste titre « la solution radicale privilégiée par Bercy pour sauver le système ». Quitte pour cela à sacrifier les retraites elles-mêmes, aux dépens des affiliés, retraités et cotisants !
Plus exactement, il s’agit de sauver un système : celui du secteur public, dont les régimes n’obéissent pas, comme ceux du secteur privé, à une logique assurantielle, mais répondent à un principe de rémunération à vie. Ainsi, les affiliés du secteur privé paieront in fine ce sauvetage, comme ils paient depuis des décennies la préservation des avantages retraites des régimes spéciaux du public.
Comme toujours, en effet, les affiliés aux régimes du privé seraient touchés en priorité, alors que toutes les études montrent qu’ils partent déjà plus tardivement que les fonctionnaires et les agents publics : en 2023, l’âge moyen effectif de départ à la retraite s’élevait à 63 ans et 6 mois au régime général, contre 62 ans et 8 mois dans la fonction publique civile de l’Etat, et entre 56,2 et 59,8 ans dans les régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP ou des industries électriques et gazières. Dans ces régimes du secteur public, la moyenne est tirée vers le bas par les agents des catégories dites « actives », qui partent dix ou cinq ans plus tôt que le commun des Français. De surcroît, la plupart des années de formation des fonctionnaires sont prises en compte dans le calcul des annuités ouvrant droit au taux plein, ce qui constitue aussi un sacré avantage !
Le recul de l’âge légal de départ à 65 ans permettrait à l’Etat de gagner du temps sans toucher à tous ces avantages. Reste que, pour l’instant, même le report à 64 ans est suspendu. On n’imagine donc pas qu’un gouvernement tente de repousser à nouveau l’âge de départ avant l’élection présidentielle de 2027.
En outre, cette prétendue « solution » n’est qu’un expédient, aussi efficace que du mercurochrome sur une gangrène on masque la plaie, mais le mal s’amplifie. Si l’on en est réduit à cet expédient, c’est parce que l’autorité politique a reculé devant la vraie solution, qui consiste à réformer en fin les régimes spéciaux du secteur public de manière à en faire d’authentiques régimes de retraite. Non pas pour sauver « le système », mais les retraites ! À défaut, on pourra toujours repousser les départs en retraite jusqu’à des âges cacochymes sans remédier durablement au déficit.

